Jean-Louis Borloo : « Nous tenons les promesses du Grenelle »
Où est passée la révolution écologique annoncée par le Grenelle de l’environnement à l’automne 2007 ? A tort ou à raison, le doute s’est installé dans le paysage politico-médiatique à un moment où le numéro deux du gouvernement, Jean-Louis Borloo, est régulièrement donné partant du ministère de l’écologie.
Le plan de relance annoncé par le gouvernement se veut « vert », mais les discours du président Nicolas Sarkozy et du premier ministre François Fillon sur la sortie de crise y font rarement référence. Plan d’aide inconditionnel à l’automobile, soutien à la trésorerie des entreprises… Face à la récession, l’Etat donne davantage l’impression de se préoccuper du sauvetage de la « vieille économie » que de l’élaboration d’un nouveau modèle basé sur une croissance verte.
Plusieurs projets, dont la construction contestée d’un circuit de Formule 1 dans les Yvelines, ont donné l’impression que le gouvernement continuait de privilégier les infrastructures à la protection de la nature. Parallèlement, le débat promis sur la création d’une contribution climat-énergie – destinée à taxer toutes les énergies fossiles – n’a cessé d’être reporté.
Dans un entretien accordé au Monde, Jean-Louis Borloo réfute cette lecture et réaffirme, chiffres à l’appui, que la France est engagée dans une mutation écologique profonde et irréversible.
Un tour de France du Grenelle vient de débuter. Est-ce pour répondre aux questions qui se multiplient sur les retombées concrètes du Grenelle ?
Ce tour de France a pour objectif de signer avec chaque région des programmes d’action qui sont la preuve très concrète que nous sommes en train de mettre en oeuvre nos engagements. Les entreprises, les collectivités locales et les administrations ont reçu leur feuille de route. Dix-huit mois après, tous se sont engagés. Ce n’est pas tous les jours spectaculaire, mais les réalisations sont quotidiennes. C’est toujours complexe, technique, mais nous tenons nos promesses. Citez-moi une des 270 mesures du Grenelle qui n’a pas été engagée. La France est en situation réelle de rupture écologique. La société est en mouvement. Tous les Français se sont emparés de cette mutation et c’est mon plus grand succès.
Quels exemples pouvez-vous citer ?
400 kilomètres de tramways démarrent dans trente-six agglomérations, soit 6 milliards d’euros de travaux ; c’est plus qu’au cours des trente-cinq dernières années. De même pour les lignes de TGV qui représentent un investissement de 78 milliards d’euros dont la moitié est déjà signée et l’autre le sera d’ici à la fin de l’année. L’appel d’offres pour la réalisation du canal Seine-Nord est engagé en accord avec les régions : les travaux démarreront dans un an. La France n’avait pas construit de grand canal depuis des décennies.
Dans le bâtiment, le programme de rénovation des logements sociaux est lancé. La moitié des ministères ont entamé leur audit énergétique et nous avons introduit un bonus-malus de 100 millions d’euros par an pour encourager ceux qui seront exemplaires. Le prêt vert à taux zéro a été créé et 5 000 ont été souscrits en trois semaines.
Dans le domaine énergétique, nous lançons aujourd’hui le programme d’une centrale solaire par région.
Comment expliquez-vous alors le sentiment que ce grand projet semble avoir été marginalisé par la crise, voire remis en question par le plan de relance ?
C’est faux. Regardons les chiffres. Le Grenelle représente un investissement de 440 milliards d’euros sur dix ans, et va permettre de créer au minimum 535 000 emplois. Selon les prévisions d’Eurostat, nous allons réduire de 22,8 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 alors que le plan climat européen ne nous impose qu’une réduction de 14 %. Je voudrais rappeler, à titre de comparaison, que le programme vert de Barack Obama, c’est 170 milliards de dollars (environ 125 milliards d’euros) sur la même période pour un pays beaucoup plus vaste.
Le plan de relance calibré sur 26 milliards d’euros – dont une partie servira à soutenir la trésorerie des entreprises – prévoit 7 milliards d’euros au bénéfice d’investissements allant dans le sens d’une croissance verte. Ils nous servent à accélérer la mise en oeuvre du Grenelle. Nous avons verdi notre fiscalité comme jamais.
Le débat promis aux écologistes sur la contribution climat-énergie – qui pourrait conduire à créer une taxe sur les énergies fossiles – semble être esquivé. Pas du tout. Le président de la République a dit que cette taxe serait étudiée. Le débat aura lieu comme prévu. Les experts ont été choisis et nous organiserons la conférence de consensus dans la première quinzaine de juin.
Le maintien de certains projets, comme la construction de l’autoroute de contournement de Strasbourg, est jugé contraire au Grenelle par les associations. Là encore, je veux rappeler les règles. Nous avions annoncé que les décisions antérieures au Grenelle ne seraient pas remises en cause. C’est le cas du projet de Strasbourg.
Ce n’est pas le cas du circuit de Formule 1 envisagé à Flins ?
Non effectivement. C’est un projet privé et non un projet de l’Etat, même s’il lui appartient de se prononcer dans le cadre de procédures obligatoires. Compte tenu de sa localisation – zone de captage, zone d’inondation – et de la législation sur la protection des zones humides, cela me paraît fort improbable en l’état.
Les Grenelles se multiplient : un sur la mer, un autre sur les zones humides, les ondes… N’y a-t-il pas un risque de confusion et de banalisation ?
Il faut faire attention mais ce qui est vrai aussi c’est que le monde moderne se construit à plusieurs. Le Grenelle, c’est un mode de prise de décision moderne dans une société en mutation.
Propos recueillis par Laurence Caramel
L’info en +
Une centrale solaire par région d’ici à 2011
Le gouvernement lance, vendredi 15 mai, un appel d’offres pour la construction d’ici à 2011 d’au moins une centrale solaire par région française, pour une puissance cumulée de
300 mégawatts (MW). L’objectif est de multiplier par cinq le parc photovoltaïque actuel. Cet appel d’offres entraînera un investissement d’environ 1,5 milliard d’euros, réparti sur trois ans.
Il met l’accent sur la qualité environnementale des projets (insertion paysagère, surface immobilisée par l’installation), la rapidité de réalisation, la recherche et l’innovation. Les dossiers retenus bénéficieront d’un tarif préférentiel d’achat de l’électricité pendant vingt ans. La France se situe aujourd’hui au quatrième rang, derrière l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, dans le secteur du solaire photovoltaïque. Des mesures de simplification administratives pour les particuliers seront également annoncées.
Les retombées attendues
Investissements D’ici à 2020, 440 milliards d’euros devraient être dépensés. Sur 2009-2001, 19 milliards d’euros ont été programmés et 7,3 ont été engagés.
Emploi 535 000 créations d’emplois sont attendues, dont 235 000 dans le bâtiment et 220 000 dans le secteur des énergies renouvelables.
Infrastructures Avec 8,5 milliards d’euros de crédits prévus entre 2009 et 2011, les transports constituent le secteur le plus aidé au travers d’un programme de développement des infrastructures, dont 2 000 km de lignes de TGV. Viennent ensuite le bâtiment (7 milliards) et les énergies renouvelables (1 milliard).
Biodiversité 23 milliards d’euros d’ici à 2020 doivent y être consacrés, mais seulement 162 millions seront dépensés d’ici à 2011.
Lundi 18 mai 2009

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