JL Borloo : « Sur l’écologie, il n’y a aucun recul politique » (Les Echos 4 mai 2010)

La discussion du projet de loi Grenelle commence aujourd’hui à l’Assemblée. Dans quel état d’esprit abordez-vous cette étape ?

Je suis confiant. Nous avons beaucoup travaillé avec les députés, ils sont parfaitement conscients des enjeux, de la nécessité de donner à la France les outils législatifs pour poursuivre sa mutation vers une économie sobre en carbone et respectueuse de l’environnement. Le Grenelle, c’est un marathon législatif de plus de trente mois, c’est cinq grandes lois, trois cent cinquante heures de débats en séance. De plus, ce texte, dans le contexte de crise économique, constitue un gisement d’emploi local considérable. Au-delà, je crois qu’il faut aussi rétablir la vérité.

Laquelle ?

La vérité, c’est que nous sommes déjà en situation de rupture, de façon irréversible, sur les six grands chantiers du Grenelle : quatre fois plus de tramways (365 kilomètres nouveaux) et de lignes (cinq nouvelles lignes) à grande vitesse qu’auparavant, le parc automobile le plus sobre d’Europe, l’arrivée dès la fin de cette année des véhicules électriques pour le grand public, une hausse de 600 % du solaire photovoltaïque en deux ans, 120.000 éco-prêts à taux zéro signés en un an, 17.000 exploitations agricoles converties au bio… C’est cela qui fait bouger les lignes de la société française en profondeur. Tramways et réseaux de bus en site propre transforment nos villes, facilitent nos déplacements et créent de la croissance et de l’emploi dans nos territoires. Dans le bâtiment, aujourd’hui, plus personne ne construit de la même façon ! L’efficacité énergétique est devenue la règle. Les acheteurs l’ont parfaitement compris, un logement non performant se vend beaucoup moins bien… et cette révolution culturelle va se poursuivre. Nous assistons à la naissance d’un nouveau métier auquel personne ne pensait il y a deux ans, celui de l’optimisation énergétique des bâtiments. Non pas la simple vente d’installations électriques ou de la réalisation de travaux sur l’enveloppe du bâtiment, mais la vente d’un service avec garantie de performance sur le long terme. Je sais que des industriels y réfléchissent déjà. Tout cela ne se serait pas passé sans le Grenelle.

Alors pourquoi a-t-on l’impression que la volonté politique recule ?

Il n’y a aucun recul politique. Mais ne soyons pas dupe, de telles avancées en si peu de temps n’arrangent pas tout le monde ! Aucun gouvernement en Europe n’a engagé une métamorphose irréversible en si peu de temps. Je rappelle que, sur 273 engagements du Grenelle Environnement, plus de 90 % sont déjà réalisés ou en cours de réalisation. Pour le reste, nous devons continuer à démontrer la réalité économique de la croissance verte et surtout réaffirmer le sens politique de notre action sans laisser l’idéologie reprendre le dessus. Pour moi, c’est très clair : ce ministère doit continuer à rassembler l’ensemble des acteurs économiques et écologistes pour renforcer la compétitivité de notre pays. La prise en compte de l’écologie dans l’économie et inversement s’inscrit dans une logique « gagnant-gagnant ».

Ces dernières semaines, cette logique a plutôt régressé !

C’est totalement faux. Nous n’avons jamais eu autant de moyens pour agir. Le Grenelle, c’est 440 milliards d’euros d’investissements privés et publics, c’est 600.000 emplois, c’est 10 milliards d’euros dans le cadre du grand emprunt… Notre force vient aussi du soutien de l’opinion publique et de l’idée que les engagements du Grenelle sont de nature à réconcilier la société avec elle-même.

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Même les agriculteurs montés à Paris avec leurs tracteurs la semaine dernière ?

Ils ne doivent pas se tromper d’adversaire en faisant de l’environnement un bouc émissaire. Les agriculteurs traversent une crise économique majeure, personne ne le conteste. Mais elle n’a rien à voir avec les enjeux environnementaux. Au contraire, le Grenelle Environnement est le moyen pour l’agriculture de se réapproprier une partie de la distribution par la création, par exemple, de circuits courts. Je rappelle que notre pays compte près de 17.000 exploitations converties à l’agriculture biologique, soit 50 % de plus qu’il y a deux ans ; ce sont aujourd’hui 10 agriculteurs par jour qui se convertissent au bio ! De plus, en favorisant l’installation de panneaux photovoltaïques dans les fermes, nous permettons aux paysans de se constituer une activité et des revenus complémentaires. Remettre en cause le Grenelle, c’est aussi remettre en cause ces aides. Je ne suis pas certain que tous le souhaitent.

Les professionnels de l’éolien considèrent que les amendements apportés au texte sont de nature à leur mettre durablement des bâtons dans les roues. Qu’en pensez-vous ?

L’éolien français, c’est 90 % de croissance en deux ans ! Ce que nous voulons, c’est amplifier ce développement ambitieux et donc mieux l’organiser pour atteindre les objectifs du Grenelle, tout en respectant nos paysages et éviter un mitage anarchique. Je ne doute pas que les débats au Parlement permettront de bâtir un bon compromis.

PROPOS RECUEILLIS PAR JULIE CHAUVEAU
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Edito Fabienne Levy, lyon radical

Fabienne Levy
Secrétaire Nationale du Parti Radical en charge du Patrimoine et de la Culture | Conseillère Régionale | Conseillère du Grand Lyon | Elue (Lyon 1er)